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L’haltérophilie
a pour point de départ l’expression de la force physique ; il faudrait donc
remonter jusqu’à l’apparition de l’homme sur la terre pour trouver sa véritable
origine.
Depuis les
Temps Antiques, la renommée des Hercules, Samson, Milon de
Crotonne a franchi mers et continents et s’est gravée dans l’histoire de
l’humanité.

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Qui ignore,
en effet, les douze travaux d’Hercule, la force que Samson
trouvait dans sa chevelure ou encore la puissance que déployait le Grec Milon
pour charger un boeuf sur ses épaules ?
L'histoire
dela Force
retient encore les exploits des gladiateurs, des guerriers célèbres pour leur
aptitude à pourfendre, à enfoncer, à manipuler des armes gigantesques, à
supporter de lourdes cuirasses ; ainsi, jusqu’à l’apparition de l’arme à feu,
la force constituait la principale qualité du combattant sur laquelle
reposaient les chances de survie.
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Plus
significatifs et surtout plus proches du sport haltérophile, apparaissent les
tours de forces exercés sur des objets lourds tels que blocs de rocher, troncs
d’arbre, tonneaux, meules de meunerie, enclumes, sacs de grains ou animaux de
gros calibres. Certains de ces exercices de force s’implantent si bien que nous
les retrouvons encore aujourd’hui au programme des fêtes folkloriques en
Allemagne, au Pays basque, en Ecosse...
Sans aucun
doute, les champions de ces “levés ” et “portés ” sont des hommes
très forts par rapport à leurs contemporains, mais il est difficile d’apprécier
la valeur réelle de leurs efforts, en raison de la diversité de la forme, du
volume et de la masse des engins manipulés, de la multiplicité des tours de
mains, des “trucs ” et des techniques.
A toutes les
époques, des hommes ont cherché à contrôler avec impartialité les exploits de
leurs semblables, mais ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que l’on trouve
des traces de ces travaux. Il faudra attendre plus longtemps encore pour qu’un
matériel normalisé, pour que des règlements communs permettent de comparer la
valeur physique des hommes de tous les pays et de tous les temps.
LES
PRECURSEURS
Hippolyte Triat(1812-1881) est le véritable précurseur de
l’haltérophilie. Né dans le midi de la France, orphelin à 4 ans, enlevé par des
bohémiens à 6 ans, il est d’abord danseur de corde, puis dès l’âge de 13 ans il
présente, en compagnie d’un Espagnol et de ses deux fils, un numéro de poses
plastiques et de lever de poids. Accidenté à l’âge de 16 ans, il entre au
collège des Jésuites de Burgos pour une période de six ans ; il y enrichit ses
connaissances qui jusqu’alors étaient essentiellement pratiques ; il reprend
ensuite son métier d’artiste et ses activités d’athlète, il obtient un vif
succès en Espagne, en Angleterre, puis en Belgique. A Bruxelles, il crée un
gymnase qu’il dirige pendant sept ans. Agé de 35 ans, il fait aménager une
magnifique salle à Paris. Compromis en 1870 - 1871, au temps de la “commune ”,
il est interné ; relâché quelques mois plus tard, il assure la direction d’un
gymnase moins important, jusqu’en 1879, deux années avant de mourir à l’âge de
69 ans.
En dehors de quelques fascicules, il reste malheureusement peu de chose de la
méthode Triat et de ses grands projets. Les séances de travail collectif
ou individuel qu’il organisait comprenaient quelques exercices à mains libres,
avec barres à boules de six kg et haltères courts,
des courses, des sauts, mais aussi, pour les élèves les plus évolués des
mouvements d’haltérophilie, tels que les arrachés, développés, épaulé et jeté,
à une ou deux mains.
La
méthode Triat fut, en son temps reprise, avec plus ou moins de bonheur
par quelques-uns de ses élèves et des imitateurs, mais les magnifiques projets
que Triat avait élaborés pour “la régénération de l'homme ” n’ont
malheureusement pas reçu l’appui des pouvoirs publics et les plans qu’il avait
conçus pour fonder une Ecole Normale de Gymnastique ne furent pas réalisés.
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Triat n’en
est pas moins le principal précurseur, en France, de la culture physique avec
haltères et de la gymnastique orthopédique. Bien qu’à notre connaissance, il
n’ait pas organisé de compétitions de poids et haltères, qu’il n’ait pas laissé
de réglementation précisant l’exécution des mouvements haltérophiles il est
celui qui a répandu l’utilisation de barre à sphères, qui a fait fabriquer du
matériel nouveau, qui a influencé, par la qualité de son enseignement, les
moniteurs de son époque. Enfin, il est surtout, celui qui, le premier a
enseigné les mouvements haltérophiles à des amateurs.
Malgré l’impulsion donnée par Triat,
l’haltérophilie ne s’implante pas immédiatement en France. Alors que le goût de
l’effort physique naît, dans notre pays, de la pratique de la bicyclette,
nouveau moyen de locomotion rapide et économique, alors que la gymnastique aux
agrès s’organise sous la férule des moniteurs de Joinville, alors qu’après
1870, les grandes fédérations sportives apparaissent, les débuts du sport
haltérophile sont longs et laborieux. Pratiqué le plus souvent dans les arrière
salles de cafés et dans quelques gymnases, le lever de poids reste surtout
l’apanage de quelques professionnels de la force.
Vers 1880, les
premières associations naissent en Allemagne : à Hambourg, Cologne, Leipzig,
Francfort, Duisbourg, Munich ; à l’origine, trois mouvements y sont pratiqués :
- un lancer de
pierre ;
- un soulever de
gueuse en résistance ;
- un porté très
lourd (?).
En Russie, à Saint
Petersbourg, le Dr Krajewski constate sur lui-même les bienfaits que
procurent les levers de poids et crée, en 1885, le “cercle des amis de
l’haltérophilie ”.
En France, les
hommes forts s’exercent dans quelques gymnases. Eugène Paz, ancien élève
de Triat, dirige l’un de ces établissements. Vers 1865-1875, il organise
des séances de lutte et de tours de force qui obtiennent un grand succès
spectaculaire. Mais le premier essai d’organisation sérieuse revient aux
associations de Lille et de Roubaix qui, vers 1890, fondentla Fédération Athlétique
du Nord.

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Après plusieurs années de discussions et de tâtonnements, une
nomenclature des mouvements est établie.
Une distinction
très nette est faite entre les amateurs et les professionnels.
Dès 1894, un
concours international est organisé dans une localité de Belgique, à Mouscron,
entre Belges, Hollandais et Français, mais par la suite ce genre de compétition
se heurtera à la diversité des règlements et de leurs interprétations.
- Les développés,
arrachés, épaulés-jetés à un et à deux bras
- le dévissé d’un
bras ;
- la volée d’un
bras ;
- le bras tendu.
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Edmond
Desbonnet, fondateur de quelques-unes de ces associations, rédige le mode
d’exécution et la réglementation de ces mouvements.
Des arbitres appelés
“dynamométreurs ” sont désignés dans chaque société affiliée pour
contrôler les records.
Aux Jeux Olympiques d’Athènes, en 1896, l’Haltérophilie figure au programme
parmi les disciplines sportives optionnelles, mais le Baron Pierre de
Coubertin à qui revient le mérite de la rénovation de “jeux ”, après
1503 ans d’interruption, semble ignorer l’inscription de ce sport au programme
olympique.
Aucun haltérophile français, pas plus d’ailleurs qu’allemand, ne
participe à ces compétitions. Deux mouvements sont alors inscrits au programme
: l’épaulé-jeté à deux bras et l’épaulé-jeté à un bras, gagnés respectivement
avec111,5 Kg
et71 Kg.
Considéré comme l’homme fort de la famille royale, le Prince Georges de
Grèce juge ces épreuves...
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En 1898, au concours de Vienne, appelé Championnat du Monde, la diversité des
interprétations dans la réalisation des mouvements est mise en évidence : les
Français suivent un règlement très strict, tandis qu’Allemands et Autrichiens
développent avec une technique qui sera celle des années 1960-1970 (!),
épaulent en plusieurs temps, en posant la barre sur le ventre.
A
chaque nouvelle organisation, le choix, le nombre ou l’exécution des mouvements
sont différents ; en 1902, aux championnats du monde de Londres, le programme
ne comporte pas moins de onze mouvements, de même que l’année suivante à Paris.
Même
avant 1900, Edmond Desbonnet a compris la nécessité d’une organisation
internationale afin de planifier, de réglementer cette discipline. Il crée
l’Haltérophile-Club de Paris, appelé plus tard “l’Haltérophile-Club de
France ”. L’H.C.F. a pour ambition de réunir les principaux dirigeants du
monde entier : Desbonnet groupe, en un bureau d’honneur, Russes,
Italiens, Anglais, Argentins, Canadiens, Autrichiens, Danois, Français.
Malheureusement,
ce brillant aréopage n’entretient que des relations épistolaires, et
l’influence de l’Haltérophile-Club de France ne s’étendra guère hors de nos
frontières. Pourtant l’H.C.F. assure en France l’organisation d’épreuves
nationales et internationales. Mis sur pied par Desbonnet, le premier
championnat de France a lieu, en 1901, au cirque Molier. Les compétitions
officielles, parmi lesquelles un tournoi international au Moulin-Rouge an 1903,
un championnat dit du monde en 1905 (Hippodrome Bostock à Paris), se succèdent
régulièrement jusqu’en 1907, date à laquelle Desbonnet se retire de
l’H.C.F.
Pendant cette période, la réglementation des épreuves est encore très mouvante,
le nombre des mouvements suit une courbe ascendante (11, 13 et même 17). Le
nombre des essais n’est pas définitivement établi. L’innovation la plus
importante est la création, dès les championnats de Paris de 1904, de trois
catégories de poids de corps : léger (65 Kg), moyen (80 Kg) et lourd.
En 1907, deux listes de records du monde (amateurs et professionnels), publiées
par Desbonnet, ne comportent pas moins de 22 mouvements chacune. Tous
les records sont détenus par des Français, par quelques Belges et Suisses.
Ces palmarès
aberrants mettent en évidence l’absence d’un organisme international, car
pendant cette même période, l’haltérophilie connaît un prodigieux essor en
Allemagne et en Autriche. La ville de Vienne produit de véritables colosses :
en 1905, tandis que Maspoli remporte le championnat de France avec,
entre autres performances,130
Kg au jeté, Stenbach, en Autriche, bat le record
du développé, en haltères séparés, avec135 Kg.
Jusqu’à la
première guerre mondiale, les compétitions se multiplient dans les pays
germaniques, alors qu’en France, depuis le départ de Desbonnet de
l’H.C.F., l’activité ne dépasse guère le niveau des clubs, rares étant les
compétitions officielles. Ce sont principalement les exhibitions des “artistes
professionnels ”, dont certains font preuve d’excellentes dispositions
pour bonimenter sur les places publiques, qui tiennent lieu de publicité au
sport de la “fonte ”.
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Ce
n’est qu’en 1913 que Jules Rosset, entouré de quelques amis - Buisson
(ancien champion des légers), Heiles (ex-recordman du monde), Bourdonnay,
Duchateau- fondela Fédération Française de Poids et Haltères. Ancien
lutteur, bon haltérophile, Jules Rosset est un vrai sportif. Il se
révèle excellent dirigeant. Il reprend les règlements et les records de
l’H.C.F. et obtient la fusion des deux organismes. Appuyé par le journaliste Frantz
Reichel, il fait inscrire l’haltérophilie au programme des Jeux Olympiques,
à titre provisoire. En 1920, aux Jeux d’Anvers, 14 nations participent aux
épreuves d’haltérophilie (arraché d’un bras, épaulé-jeté de l’autre bras et
épaulé jeté des deux bras), mais les difficultés naissent des divergentes
interprétations du règlement. Rosset fonde alorsla Fédération Internationale
dont il assure la présidence.

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Après les
Jeux de Paris (1924), il obtient l’inscription définitive de l’haltérophilie au
programme des Jeux Olympiques à la condition que “les exercices imposés se
limitent aux trois mouvements à deux bras ”. Ainsi en ont décidé les
membres du Comité Olympique International, fixant ainsi la formule technique
des compétitions qui sera conservée jusqu’en 1972.
La Fédération Internationale,
où l’influence française est prédominante avec Rosset puis Gouleau
et Dame, jusqu’en 1950, organise quelques championnats du monde et
d’Europe pendant la période 1920 - 1939. Elle se structure plus solidement à
partir de 1946 ; désormais, chaque année voit l’organisation d’un championnat
du monde et d’Europe, chaque année voit des affiliations nouvelles d’une ou
plusieurs autres nations.
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En 1952, 38 nations participent aux épreuves
d’haltérophilie des Jeux d’Helsinki et actuellement le nombre des pays inscrit
àla
Fédération Internationale, dépasse largement la centaine.
Après des
débuts difficiles, hésitants, l’haltérophilie s’est donc solidement organisée,
elle s’est hissé au niveau des autres grandes disciplines sportives. Tous les
fervents du sport haltérophile doivent donc rendre hommage aux pionniers, aux
initiateurs, aux grands dirigeants, sans oublier les athlètes les plus
prestigieux qui, par leurs performances et leur personnalité, ont attiré
l’attention de leurs contemporains et ont suscité des vocations sportives.
LES
GRANDS CHAMPIONS
La chute
incessante des records, le niveau toujours amélioré auquel se hissent les
champions actuels, rendent particulièrement délicat set essai de rétrospective
et de sélection des champions du passé. Comment peut ont admirer l’exploit du
premier homme qui jeta150 kg,
alors que de nos jours cette performance est courante ? Comment comparer les
charges réalisées par quelques athlètes au début du siècle, à celle d’une
élite, sélectionnée parmi des milliers de pratiquants qui bénéficient des
expériences passées, des progrès scientifiques et médicaux ?
Cependant,
quelques champions émergent du passé, soit par la valeur intrinsèque de leurs
performances, soit pour l’influence qu’ils ont exercée à leur époque.
Ce sont,
tout d’abord, les hommes forts et professionnels qui se produisent dans les
cirques, les music-hall. Nous ne citerons que les plus prestigieux.
LES
FRANCAIS
LOUIS UNI,
dit “apollon ”, colosse de1,90
m pour120
kg, débute en 1887 aux “folies bergères ”. Son
entrée en scène est impressionnante, il écarte les barreaux de fer d’une grille
derrière laquelle il est emprisonné ; on raconte, à ce sujet, que le forgeron
chargé de redressé les barreaux remplaça ceux-ci par du fer forgé, plus proche
de l’acier que du fer doux. D’abord incapable de déformer le métal,
“apollon ”, stimulé par les injonctions de sa frêle épouse, réussi au prix
d’un prodigieux effort à se frayer un passage à travers la grille. En 1897, à
Lille, Louis Uni arracha quatre poids de commerce tenu par l’anneau dans une
seule main (poids total86 kg),
il devait réussir la même charge à la volée d’un bras. “ Apollon ”
serait également le premier homme à avoir épaulé et jeté l’essieu d’Apollon,
une énorme barre de plus de48
mm de diamètre, munie de deux roues de wagon de chemin
de fer et pesant166 kg.
Cette performance sera contestée plus tard par Jean Dame qui fut manager de
Charles Rigoulot avant d’être l’un des grands dirigeants français de
l’haltérophilie.
D’autres
hommes forts français tels BATTA, BONNES, NOËL LE GAULOIS, LEON LE LILLOIS,
connurent la célébrité en leur temps.
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LES
ALLEMANDS
EUGENE
SANDOW.
D’un gabarit moyen (1,72
m pour 82 à85 kg). Sandow (né Frederich Mueller, de
Königsberg), connaît un succès exceptionnel, d’abord dans les music-hall de
Londres où il débute en 1890 à l’âge de 23 ans, puis dans le monde entier,
notamment aux Etats-Unis, en France, en Allemagne. Le spectacle de poses
plastiques et de tour de force qu’il présente est parfaitement réglé et très
spectaculaire.
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Les performances proclamées par ce bel athlète
sont très nombreuses, mais rares sont celles qui furent homologuées ; l’une
d’elle, 122 kg au dévissé d’un bras, paraît cependant quelque peu sous-estimée. A
chacune de ses représentations, parfois deux par jour, Sandow dévissait une
barre munie à chaque extrémité de sièges en forme de panier dans lesquels des
jeunes femmes prenaient place. Sandow se fixera à Londres, installera plusieurs
gymnases où il enseignera la culture physique... avec poids légers. Il est
l’auteur de La vie est mouvement et de La construction et la
reconstruction du corps humain (1907).
* Dévissé d’un bras : le poids étant
épaulé, soit avec de l’aide, soit par ses propres moyens, conserver
l’avant-bras porteur à la verticale pendant tout le mouvement et fléchir le
tronc vers l’avant et sur le côté opposé au poids, le bras porteur restant
appuyé sur la cage thoracique. Lorsque le buste atteint ou même dépasse
l’horizontale, le bras peut s’étendre. Redresser le buste.
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ARTHUR
SAXON. Comme son compatriote Sandow, Arthur Saxon, accompagné de deux de
ses frères avec lesquels il forme le trio Saxon (de 1898 à 1914), acquiert une
véritable notoriété dans le music-hall du monde entier. Solidement charpenté (95 kg), il excelle lui aussi
au dévissé d’un bras où il fait preuve de dispositions exceptionnelles ; à
chaque représentation, il pousse le dispositif à panier de Sandow, mais avec
ses deux frères dans les paniers ; ceux-ci étant également des athlètes bien
musclés, la charge ainsi levée aurait atteint le total impressionnant de160 kg.
L’un de ses
managers affirme l’avoir vu dévisser d’un bras une barre de169 kg ainsi que160 kg, six fois de suite.
Beaucoup moins brillant dans les exercices de détente, Saxon jetait cependant155 kg derrière la nuque
mais il n’épaulait pas plus de135
kg. Enfin, il développait115 kg, très correctement.
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UN
CANADIEN FRANCAIS
LOUIS
CYR. Né en 1863 dans la province du Québec, il prend rapidement des
proportions colossales ; vers la trentaine, alors qu’il parvient au maximum de
sa force, son poids oscille entre 125 et140 kg, pour une taille de1,75 m. Son tour de bras
atteint50,5 cm
et son tour de cuisse78 cm.
Jeune
homme, il est bûcheron, mais il devient rapidement capable de tours de force
extraordinaires.

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Devenu professionnel, il décolle avec le dos une plate-forme
sur laquelle prennent place... 21 personnes, soit un total de quelques 1600 à1800 kg. Il résiste à
l’écartèlement de quatre chevaux, uniquement avec ses bras, des sangles étant
fixées au niveau des coudes, il décolle du sol, à l’aide d’un harnais, une
charge de1480 kg
; il pousse67 kg
d’une seule main... 36 fois de suite, fait un double bras tendu avec42,500 kg dans la main
droite,40 kg
dans la main gauche ; avec une seule main, il hisse sur l’épaule, une barrique
remplie de béton d’un poids de200
kg ; il parvenait aussi à décoller avec un seul doigt,
une charge de249 kg.
Il est possible que certaines de ces charges aient été surestimées, ne serait
ce qu’en l’absence de bascule adaptée à ces charges énormes, mais il n’en reste
pas moins que Louis Cyr, homme extrêmement fort, peut être considéré comme le
précurseur de Douglas Hepburn et de Bob Anderson.
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UN
RUSSE
GEORGES HACKENSMIDT.
Né en 1878 en Estonie, il pratique la gymnastique et les poids dès l’âge de 14
ans. A 18 ans, il lève d’une seule main au-dessus de la tête un poids de97,500 kg. Il devient
lutteur, remporte un championnat d’Europe en 1898 à Vienne puis passe professionnel
et bat, en 1901, les meilleurs lutteurs du moment. Très précoce, il réalise ses
meilleures performances haltérophiles vers l’âge de 21 ans, au poids de corps
de87 kg
environ :
-
arraché à droite
:89,500 kg ;
-
arraché à deux bras :114 kg ;
-
épaulé jeté
:140 kg
;
-
développé couché :127,500 kg.
Dans
la position de pont du lutteur, il amenait141,500 kg sur la
poitrine et les développait ensuite.
Hackensmidt
était donc en 1898 un super athlète très complet, aussi brillant dans les
exercices de force-détente-adresse que dans ceux de force-résistance.
LES
AUTRICHIENS
La
ville de Vienne a produit une série d’hommes forts de gros gabarit qui, s’ils
n’appliquaient pas les règlements en vigueur en France, n’en étaient pas moins
remarquables.
WILHELM
TÜRK (né en 1857), jette150
kg avec épaulé facultatif, en... 1893, développe138,500 kg avec temps de
départ et cambrure, ainsi que127
kg avec haltères séparés (1901).
WITZELBERGER,
GRAFL, STEINBACK, DANZER, SWOBODA se distinguent tour à tour : Grafl jette175 kg, en 1910, après avoir
épaulé en plusieurs temps, Swoboda, dont le poids de corps oscille entre 150 et
180 kg...,
réussit183,700 kg
un an plus tard, avec la même technique. En 1912, il développe150 kg à Leipzig et juste
avant la guerre 14-18, il jette 192,500, épaulés avec de l’aide.
Pour
compléter cette rétrospective des “ hommes forts ” d’avant 1914, il
faut citer les Munichois Hans Beck, et Andréas Maïer, et aussi Cyclops , de
Dantzig qui déchire les pièces de monnaie, Jahr Grün dit “ Marx ”
(Luxembourg ” pourrait être également retenu, pour son aptitude... à
rompre des fers à cheval.
Parmi
les meilleurs amateurs de cette époque, retenons le Lyonnais Maspoli, sculpteur
de talent et particulièrement brillant dans les exercices de détente, les
frères Maurice et Emile Deriaz (Suisse) qui devinrent ensuite professionnels,
Vasseur qui fût le premier homme à arracher100 kg d’un bras...
Pendant
la période d’entre-deux guerres (1918-1939), les Français remportent des
médailles à chaque Olympiade.
Tout
d’abord Gance (moyen), et Cadine (mi-lourd), en 1920, puis Decottignies (plume)
et Rigoulot (mi-lourd) aux Jeux de Paris en 1924
Ces
performances exceptionnelles classent Rigoulot parmi les précurseurs de
l’haltérophilie moderne.
En
dépit des coupes sombres opérées par le professionnalisme dans les rangs des
amateurs (Cadine, Rigoulot),la
France présente des athlètes de grande valeur ; en 1928,
Roger François gagne le titre des moyens, et Hostin une médaille d’argent. A
Los Angelès, en 1932, l’haltérophilie française connaît son apothéose, elle
remporte trois titres sur cinq avec Suvigny, en plume, Duverger en léger, et
Hostin en mi-lourd.
En
1936, à Berlin, une deuxième médaille d’or est décernée à Hostin, c’est sa
troisième médaille olympique.
Mais à
cette dernière Olympiade, précédant la deuxième guerre mondiale, la supériorité
française est en déclin ; alors qu’Hostin est le seul médaillé français,
Allemands et Egyptiens se partagent 9 médailles sur 15... A partir de 1937,
malgré une progression constante de leurs records, les Français n’assurent
qu’une participation honorable dans les compétitions mondiales.
Quelques
champions de valeur internationale, mettent cependant, en valeur
l’haltérophilie française ; ce sont, Ferrari (mi-lourd), recordman du monde du
jeté avec169 kg,
classé second du championnat du monde 1947, et Jean Debuf, porte-drapeau de
l’haltérophilie française de 1948 à 1960.
Trois
fois champion d’Europe, malgré la présence des champions soviétiques, Debuf
remporte de nombreuses places d’honneur aux championnats d’Europe et du Monde,
il est médaillé olympique en 1956, à Melbourne.
Pendant
cette dernière période, l’haltérophilie mondiale est d’abord dominée par les
U.S.A. Puis, peu à peu, les Soviétiques rejoignent les Américains avec lesquels
ils se partagent tous les titres aux Jeux d’Helsinki en 1952 et aux Jeux de
Melbourne en 1956.
L’U.R.S.S.,
ensuite, affirme nettement sa supériorité sur les Etats-Unis, et reste sans
rival sur la scène internationale. Seule, l’équipe très homogène des Polonais
et quelques individualités - Japonais, Finlandais, Iraniens, Hongrois -
réussissent à battre en brèche cette prédominance fondée sur plusieurs
centaines de milliers de pratiquants et sur une organisation cohérente.
Les
champions de la catégorie spectaculaire des “lourds ” retiennent
principalement l’attention.
Le
noir Américain John Davis, bel athlète, au gabarit semblable à celui de Charles
Rigoulot (1,74 m
pour 100 à105 kg)
est le premier à rejoindre le champion français en jetant182,500 kg.
Hepburn
(Canada), Schemanski (U.S.A.), puis l’énorme Paul Anderson (160 kg de poids de corps) -
le premier à franchir la barrière des500 kg (total des trois mouvements) - succèdent
à Davis.
Le
magnifique athlète soviétique Youri Vlassov, de 1959 à 1964, repousse les
limites de la puissance humaine, mais il est rejoint et même dépassé par le
gigantesque Zabotinsky (1,73m pour160 kg). Alexeev (U.R.S.S.), enfin, quoique
d’un gabarit moins exceptionnel, franchit allègrement le cap des600 kg, bouscule tous les
records et s’oriente vers les650
kg... (ces chiffres ne seront jamais atteints en raison
de la suppression, en 1972, du développé).
La
progression des records est aujourd’hui telle que toutes les prévisions les
plus optimistes, les plus exagérées, sont dépassées. Naguère, pouvait-on penser
qu’un homme puisse atteindre les500
kg, aurait-on osé parler de600 kg... La réalité
d’aujourd’hui dépasse la fiction... d’hier.
A
dessein, ont été cité en priorité les noms des hommes les plus forts qui tous
appartiennent à la catégorie des poids lourds ou super lourds. Mais,
comparativement, les performances des champions des autres catégories
apparaissent souvent très supérieures tel Tom Kono (U.S.A.) qui pendant dix ans
domine la scène internationale... dans trois catégories, Berger (U.S.A.),
Vorobiev (U.R.S.S.), Lomakin (U.R.S.S.), Stogov (U.R.S.S.), Martin
(Angleterre), s’estompe, absorbé par les performances à sensation des nouveaux
champions, et aujourd’hui un homme de70 kg est plus fort, avec190 kg au jeté, que le lourd
John Davis des années 50.
Ainsi
nul ne peut assigner de limites à la puissance humaine ; à la rigueur, il est
permis de formuler quelques prévisions, prudentes et à court terme.
L’augmentation
du nombre des pratiquants, les observations des champions du passé, mais aussi
la méthode expérimentale, la connaissance et la mise en application des
découvertes de la physiologie, de la médecine, de la psychologie... expliquent
l’actuelle progression et laissent soupçonner des possibilités dont les limites
seront, sans cesse repoussées.

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Le nom de Charles Rigoulot restera sans aucun
doute le plus prestigieux de cette période, il améliore les records du monde
“amateurs ” :
- arraché d’un
bras
:101 kg ;
- arraché à deux bras
:126 kg ;
- épaulé jeté à deux
bras :161 kg.
Au cours des
années 1929 à 1931, étant passé professionnel, il établit des records dont
certains ne sont égalés que vingt ans plus tard...
Ce sont :
- arraché d’un
bras
:116 kg ;
- arraché à deux bras
:143 kg ;
- épaulé jeté à deux
bras :182,500 kg
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L’HALTEROPHILIE
FRANCAISE
LES MEDAILLES
OLYMPIQUES
1920 :
ANVERS
Moyen
:
GANCE
OR
Mi-lourd :
CADINE
OR
Lourd
: BERNOT
BRONZE
1924
PARIS
Léger
:
DECOTTIGNIE OR
Mi-lourd :
RIGOULOT
OR
1928
AMSTERDAM
Moyen
: FRANCOIS
OR
Mi-lourd :
HOSTIN
ARGENT
Léger
:
ARNOULT
BRONZE
1932
LOS ANGELES
Plume
: SUVIGNY
OR
Léger
:
DUVERGER
OR
mi-lourd :
HOSTIN
OR
1936
BERLIN
Mi-lourd :
HOSTIN
OR
1956
MELBOURNE
Lourd
:
DEBUF
BRONZE
1976
MONTREAL
Léger
:
SENET
ARGENT
Bien que l’haltérophilie Française ne retrouvera jamais les lustres d’avant
1940, de nombreux champions représentèrent dignement notre pays dans le concert
international.
Parmi les plus titrés :
Jean DEBUF
3 fois
Champion d’Europe.
Médaillé de
Bronze aux J.O. de 1956.
Vice
Champion du Monde (total) en 1949.
Vice
Champion du Monde (total) en 1951.
Vice
Champion d’Europe (total) en 1954.
Vice
Champion d’Europe (total) en 1955.
13 fois
Champion de France
Henri FERRARI
Recordman du
monde de l’épaulé jeté en 1945 avec169 kg.
Vice
Champion du Monde en 1947.
Marcel PATERNI
Recordman du
monde du développé en 1959 avec150,5 kg.
Médaille de
bronze aux championnats d’Europe 1960.
Médaille de
bronze aux championnats du Monde 1961.
Médaille de
bronze aux championnats d’Europe 1962.
Médaille de
bronze aux championnats d’Europe 1964.
4ème aux
J.O. de Rome (1960).
4ème aux
championnats du Monde 1962.
4ème aux
championnats du Monde 1965.
3 fois
sélectionné aux J.O. (1956-1960-1964)
Rolf MAÏER
Médaille de
bronze aux championnats d’Europe 1965.
3 fois sélectionné aux J.O. (1960-1964-1968)
Jean Paul FOULETIER
Médaille de
bronze aux championnats d’Europe 1969.
Médaille de
bronze aux championnats du Monde 1970.
Aimé TERME
Recordman
d’Europe de l’arraché avec 143
kg (75
kg) en 1970.
Recordman du
Monde de l’arraché avec145,5
kg (75
kg) en 1973.
Champion du
Monde (arraché) en 1969.
Champion
d’Europe (arraché) en 1969.
Champion du
Monde (arraché) en 1970.
Champion
d’Europe (arraché) en 1972.
Vice
Champion du monde (arraché) en 1972.
Médaille de
bronze (arraché) aux championnats d’Europe 1971.
Pierre GOURRIER
Vice
Champion d’Europe (épaulé jeté) en 1968.
Médaille de
bronze (arraché) aux championnats du Monde 1970.
Médaille de
bronze (arraché) aux championnats du Monde 1972.
Médaille de
bronze (épaulé jeté) aux championnats du Monde 1976.
Médaille de
bronze (épaulé jeté) aux championnats d’Europe 1978.
102 records
de France
13 fois
champion de France
3 fois
sélectionné aux J.O. (1968-1972-1976)
Jean Claude CHAVIGNY
Recordman
d’Europe du développé avec115
kg (60
kg junior).
2 fois sélectionné aux J.O. (1976- 1980).
Daniel SENET
Vice
Champion Olympique en 1976 (67,5
kg).
Champion du
Monde (arraché) en 1977.
Champion du
Monde (arraché) en 1981.
Champion
d’Europe (arraché) en 1981.
Vice
Champion du Monde (arraché) en 1976.
Vice
Champion du Monde (arraché) en 1980.
Vice
Champion d’Europe (arraché) en 1977.
Médaille de
bronze (arraché) aux championnats du Monde 1979.
Médaille de
bronze (total) aux championnats du Monde 1979.
Médaille de
bronze (total) aux championnats du Monde 1981.
Médaille de
bronze (total) aux championnats d’Europe 1981.
Laurent FOMBERTASSE
Vice
Champion d’Europe (épaulé jeté) 1990.
Médaille de
bronze (épaulé jeté) aux championnats d’Europe 1989.
Francis TOURNEFIER
Médaille de
bronze (total) aux championnats d’Europe 1990.
Médaille de bronze (total) aux championnats du Monde 1991.
Médaille de
bronze (épaulé jeté) aux championnats d’Europe 1990.
Médaille de
bronze (épaulé jeté) aux championnats d’Europe 1992.
Performances significatives:
Les Français à 200 kg à l’épaulé jeté :
1
R.
LEVECQ
200
(100)
2
J.P.
FOULETIER 200 (100)
3
GOURRIER
215,5 (110)
4
HILLER
202,5
(+110)
5
KOLLER
203
(+110)
6
KRETZ
200 (100)
7
TOURNEFIER 220 (100)
8
SAGEDER
202,5 (91)
9
TOKOTUU 213 (+105)
10 HEAFALA 206 (+105)
Daniel
SENET 150kg à l’arraché en moins de67,5 kg !
L’histoire de l’haltérophilie française ne pourrait pas non plus s’écrire sans
le nom de grands dirigeants qui surent organiser et structurer ce sport à
l’échelon Français mais aussi international.
LES PRESIDENTS
- Jules ROSSET (fondateur de la
F.F.et de la Fédération Internationale). Président de 1914 à 1923.
- Camille HARASSE
de 1923 à
1952
- Jean DAME
de 1952 à 1967.
- Célestin BOVI
de 1967 à
1971.
- Raymond TOURNIER
de 1971 à 1973.
- André CORET
de 1973 à
1992.
-
Henri LAGARRIGUE
de
1992 à 1996.
- Bernard GARCIA
de 1996 à 1998.
- Jean Paul BULGARIDHES
Actuel Président
LES DIRECTEURS TECHNIQUES NATIONAUX
- Claude
TAILLEFER de 1966 à 1970.
- Roger GERBER
de
1975 à 1985.
- Marcel PATERNI
de 1985 à
1987.
- André DRUBIGNY
de
1987 à 1993.
- Christian BEECKUIZEN
(par intérim)
- Roger PAOLETTI
de
1993 à 1995.
-
Jean-Marc APPARUIT
(par intérim) de
1995 à 1998.
-
Pierre TABERNA
de
1998 à 2001.
-
Bernard PAGES
Actuel D.T.N.
LES DATES A RETENIR
1896
J.O.
ATHENES
Démonstrations de mouvements haltérophiles.
1904
J.O. St
LOUIS
Démonstrations de mouvements haltérophiles.
1914
Création dela Fédération Française
de Poids et Haltères par Jules ROSSET.
1920
Création
d’une Fédération internationale par le même Jules ROSSET.
1920
J.O. ANVERS
L’haltérophilie est admise provisoirement aux J.O.
2 mouvements
d’un bras
1 mouvement
à deux bras
5 catégories
de poids de corps.
1924
J.O. PARIS
2 mouvements d’un bras
3 mouvements
à deux bras
5 catégories
de poids de corps.
1925
Officialisation définitive de l’haltérophilie aux J.O. avec 3 mouvements à deux
bras.
- DEVELOPPE
- ARRACHE - EPAULE JETE -
5 catégories
de poids de corps de Plume (60
kg) à Lourd (+82,5 kg).
1952
Création de
2 catégories de poids de corps supplémentaires, soit 7 catégories ;
de Coq (56 kg) à Lourd (+90 kg).
1968
Création de
2 catégories supplémentaires portant à 9 catégories ;
de Mouche (52 kg) à Lourd (+110 kg).
1968
Création de
la remise de médaille par mouvements et au Total.
1972
Suppression
du développé Olympique.
1975
Création des
Championnats du Monde Junior (premier à Marseille FRA).
1976
Création
d’une dixième catégorie, les100
kg ;
Appellation
des catégories par des chiffres (avant : mouche, coq, plume, léger, moyen,
mi-lourd, lourd-léger, lourd-moyen, lourd, super-lourd).
1980
Officialisation d’une table de cotation internationale (table IWF), permettant
de comparer toutes les catégories.
1984
Officialisation de l’haltérophilie féminine avec neuf catégories
(44-48-52-56-60-67,5-75-82,5-+82,5).
1887
Premier
Championnat du Monde Féminin (premier Miami USA).
1992
Changement
de toutes les catégories de poids de corps.
qui deviennent
: 54-59-64-70-76-83-91-99-108-+108 pour les hommes
46-50-54-59-64-70-76-83-+83 pour les femmes
1997
Introduction
des femmes au programme Olympique
1998
Changement
des catégories de poids de corps avec 8 catégories pour les hommes.
Qui
deviennent : 56-62-69-77-85-94-105-+105 pour les hommes.
Et avec 7
catégories pour les femmes qui deviennent : 48-53-58-63-69-75-+75
.
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