Dès que le
« Vence » soufflera...
En allant chercher ce titre
de champion d'Europe avec son coeur et ses tripes, Vencelas Dabaya n'a pas
soulevé que des montagnes. Il est devenu un formidable accélérateur de
particules pour l'équipe de France.
C'est un magnifique rayon de
soleil qui inonde depuis jeudi soir l'haltérophilie française. Vencelas Dabaya,
le baromètre des Bleus, a fait monter de plusieurs crans la température du
Rhenus. Car ce titre champion d'Europe, le premier après celui remporté par
Jean Debuf voici...51 ans, « Vence » est allé le puiser à la force du
poignet. Avec tout son coeur et au fond des tripes.
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Vencelas
Dabaya à l'écoute des dernières recommandations de Franck Collinot : une
médaille qui vaut son pesant d'or. (Photo DNA-Christian Lutz-Sorg)
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« Quand tu es seul
sur le plateau, tu
peux passer au
travers »
« C'était tout,
sauf facile. Parce ce que j'avais gagné le titre mondial en République
Dominicaine, tout le monde me voyait déjà champion d'Europe, explique Vencelas
Dabaya. Je peux vous dire que ça m'a donné un pression d'enfer. Mais il faut
savoir qu'en haltérophilie, il n'y a pas de petits athlètes. Nous étions 9
finalistes dans cette catégorie des 69 kg. Et quand tu es seul sur plateau face à
la barre, tu peux très bien passer au travers. »
Mais Dabaya, lui, s'est surpassé, notamment à l'arraché, où il a battu le
record de France avec une charge de 148 kg. « C'est sans doute là que tout
s'est joué, car j'ai sorti un gros match dans ce mouvement qui n'est pas celui
que je préfère. Mais je ne m'attendais pas à ce que le jeune Arménien (Tigran
Martirosyan) soulève autant. Je venais de réussir un exploit et lui me mettait 7 kg
dans la vue. Il a fallu garder le moral. Je me suis dit :
"Vence", ce moment, c'est le tien. J'étais à la maison et je n'avais
pas le droit de décevoir ce public. Sans lui, je n'y serais pas arrivée. Cette
médaille d'or, j'ai été la chercher au plus profond de moi. »
« Les athlètes sont
perpétuellement
fatigués, car ils ne
trichent pas »
Et « Vence »,
le chef de file de la fonte française, sait que cette médaille vaut son pesant
d'or. « Elle ne m'appartient pas. Bien sûr, je la vis pleinement, mais
c'est celle du staff, du public, de tous les passionnés de ce sport méconnu et
qui je l'espère va enfin se faire voir au grand jour. Je dédie également cette
médaille à la Fédération
française. Depuis des années, elle construit pas à pas, elle met tout en oeuvre
pour que nous puissions arriver au sommet de notre art. Un titre de champion
d'Europe, et qui plus est en France, c'est la plus belle récompense pour notre
discipline. »
Une discipline éprouvante, exigeante qui a trop souvent souffert d'une
image de marque dévalorisée par le scandale du dopage. « Notre Fédération
et notre pays sont en pointe dans la lutte contre cette course à l'armement.
Chez nous, les athlètes sont perpétuellement fatigués parce qu'ils ne trichent
pas, souligne Franck Collinot, l'un des entraîneurs nationaux. Avant, nos
adversaires, et notamment le bloc de l'Est, nous snobaient. Aujourd'hui, ils
nous demandent conseil... Tenez, voici à peine un mois, l'AMA (Agence mondiale
antidopage) a lancé un contrôle inopiné lors d'un entraînement à l'Insep.
Portes bloquées, vérifications minutieuses, le grand jeu, quoi. Mais moi, je
suis pour que ces contrôles s'intensifient. De toute façon, le jour où un
athlète est pris en flagrant délit, ce sera la fin de l'haltérophilie de
haut-niveau en France, car le Ministère aura vite fait de nous couper les
vivres... »
Très bon élève appliqué et copié en matière de lutte contre le dopage,
les Bleu(e)s rattrapent également leur retard sur le plan sportif. « C'est
vrai que le titre européen de Vencelas Dabaya peut tirer toute l'équipe vers le
haut », parie le staff.
Avec 8 médailles au dernier championnat d'Europe en Pologne, (dont les
deux de Samson N'Dicka Matam récupérées sur tapis vert) et 4 actuellement à
Strasbourg, l'équipe de France a le vent en poupe. Et dès que le
« Vence » soufflera, elle repartira...