L'Euro
symbolique
La Ligue d'Alsace organise au mois
d'avril les championnats d'Europe à Strasbourg. La reconnaissance du travail
bien fait pour son président, Guy Koller, ainsi qu'une belle promotion pour
une discipline méconnue.- Édition du Jeu 8 fév. 2007
L'haltéro, Guy Koller est tombé dedans
quand il était petit. « J'avais un patrimoine génétique favorable,
sourit-il. Je n'ai pas étranglé de vipère dans mon berceau, mais à 12 ans,
j'étais bien rond. Et sur les conseils d'un voisin kiné, ma mère m'a mis à
l'haltérophilie pour que je prenne du muscle et de la tonicité. »
Bonne pioche, car le petit Guy se fond
vite dans la fonte. Il arrache, il épaule, il en jette. Et la MJC dela Meinau, où il voisine
avec la famille Panza, devient vite son terrain de jeu. « J'ai découvert
et appris à aimer cette discipline grâce à Roland Noiriel qui a inventé la
mini-haltérophilie grâce à des exercices très ludiques. On croit à tort que
ce sport n'est qu'une épreuve de force. Or, il réclame beaucoup de qualités
de vitesse et de détente. »
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Le V de la victoire : Fernand Caspar (à gauche), le
trésorier de la Ligue,
Guy Koller et Freddy Brua, le secrétaire général, viennent d'apprendre à
Gdansk que Strasbourg organisera l'Euro 2007. (-)
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« J'ai frôlé l'olympisme »
La semence
terminée, Guy Koller récolte les fruits de sa passion : 7 titres de
champion de France, 35 sélections en équipe nationale, des records de France
plein le panier. Mais aussi une double frustration olympique. « A Moscou
en 1980, je rate les minima pour 5
kg et, quatre ans plus tard, les Jeux de Los Angeles
m'échappent pour 2,5 kg. » Dérisoirement
dramatique, car 5 kg et 2,5 kg,
c'est le poids d'une débroussailleuse et d'un demi-jambon d'Auvergne (si, si,
on a vérifié le pesage). Mais c'est surtout le rêve d'un aboutissement
sportif qui se brise, les efforts quotidiens du sportif qui demeurent impayés,
la transpiration, les doutes, les espoirs, les remises en question de
l'athlète de haut niveau qui volent en éclats. Et, à 27 ans, Guy Koller
stoppe sa carrière. Le poids de Moscou et de Los Angeles altère son appétit,
son envie. « C'était devenu difficile de consentir de tels sacrifices,
de soulever des kilos de fonte trois heures par jour, de partir 8 mois en
stage sur une année, explique-t-il. Mais je garde de fabuleux souvenirs comme
les Jeux Méditerranéens de Casablanca, où j'ai terminé 3e en 1983. Là-bas,
j'ai frôlé l'olympisme. Par le niveau de la compétition, l'ambiance au
village des athlètes et la passion des Marocains. Pour eux, c'était de vrais
JO ! »
« Rendre à ce sport ce qu'il m'a apporté »
Guy Koller se tourne alors vers le
bénévolat et rebondit à l'ASPTT Strasbourg. « Je voulais rendre à ce
sport tout ce qu'il m'avait apporté », dit-il. Tout en réussissant en
parallèle ses brevets d'État, il restructure la section haltéro et s'investit
au sein du comité départemental en compagnie de Robert Galleano, l'actuel
CTR, et Freddy Brua, « les complices de la première
heure ». « A l'époque, il y avait 300 licenciés et une dizaine
de clubs en Alsace. Aujourd'hui, nous en sommes à 1 600 », indique
Guy Koller, élu à la tête de la
Ligue d'Alsace depuis quinze ans. Et dans un peu plus de
deux mois (du 14 au 22 avril), le Rhénus accueillera à Strasbourg les
championnats d'Europe d'haltérophilie. « Je ne considère pas cela
comme mon bâton de maréchal. C'est la récompense du travail de toute une
équipe, se félicite Guy Koller. Un rêve se réalise et cet Euro va permettre à
la discipline de donner sa pleine mesure, de faire découvrir aux gens la
valeur de la performance d'un haltérophile. C'est seulement sous le sautoir
qu'on s'aperçoit qu'à 6
mètres la barre est haute. »
« Un nouvel élan »
Et derrière son président, c'est toute
une discipline qui s'est mobilisée. « Ce projet vit depuis plus de deux
ans dans nos têtes, insiste Guy Koller. Quand nous avons fait appel aux
bénévoles de l'haltérophilie, j'ai été fortement impressionné : 120 se
sont manifestés au bout de seulement trois semaines et 70 d'entre eux
prendront des congés du 14 au 22 avril. » Cet Euro va donner un
nouvel élan à une discipline qui le mérite à travers ses sacrifices et ses
exigences. Comme un boomerang. Comme un symbole.
Patrick Schwert
Article DNA du 8 février 2007
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